Introduction
À l’issue de l’élection présidentielle de 2017, confrontés à des enjeux importants dans le pays comme pour l’avenir de leur parti, les communistes décidaient de la convocation d’un congrès extraordinaire. Cette présidentielle avait témoigné d’une nouvelle aggravation de la crise politique, sociale et économique, avec une abstention record et la présence de la candidate du Rassemblement national au second tour. La victoire d’Emmanuel Macron et le résultat des législatives confirmaient l’affaiblissement durable d’une gauche représentée à un niveau historiquement faible à l’Assemblée nationale. Le président élu mettait en œuvre un programme réactionnaire, ultralibéral, jusqu’à devenir pour l’opinion le « président des riches ». Quelques mois plus tard, la révolte des « Gilets jaunes », puis le mouvement sur les retraites, illustraient à la fois la colère populaire et l’absence de perspective de changement progressiste.
Dans ce contexte, le 38e Congrès du PCF, jugeant nécessaire un nouvel élan de notre parti, se prononce pour une réorientation, tant du point de vue stratégique que de son activité et son organisation. Cette décision traduit la volonté des communistes de conjurer le risque d’effacement du PCF et de délitement de la gauche, de redonner à leur parti une place nationale dans le débat d’idées, de reconquérir son influence, de reconstruire son organisation affaiblie.
Il s’agit d’être utile à notre peuple et à la hauteur des enjeux du 21e siècle. Cet engagement se décline en 5 axes : relever les défis de la crise ; caractériser le communisme de notre temps, à la fois visée historique et chemin de lutte ; construire un nouvel internationalisme pour relever le défi de la mondialisation capitaliste ; porter une nouvelle stratégie de rassemblement et d’unité populaire ; développer une organisation utile et agissante, audacieuse et novatrice, capable de porter dans les entreprises et les quartiers le travail d’analyse et d’élaboration politiques permettant au plus grand nombre d’intervenir dans le processus de transformation de la société.
Engagement est pris d’être présent·es avec nos candidat·es lors des scrutins à venir, à partir des spécificités de chacun. Le congrès décide d’engager un candidat du PCF comme tête de liste aux élections européennes, Ian Brossat, et de créer les conditions d’une candidature communiste à l’élection présidentielle de 2022.
À l’issue des quatre années écoulées, il nous appartient de faire le bilan des décisions prises et de nos points d’appui pour agir dans la situation. La crise s’est approfondie, globalisée, touchant tous les aspects de la vie. L’épidémie de Covid-19 a révélé une crise sanitaire inédite, des événements climatiques extrêmes ont confirmé la gravité du changement climatique, les inégalités sociales se sont aggravées sous l’effet de la crise économique, et une guerre a été déclenchée en Europe, avec la menace d’utilisation des armes atomiques.
1. Une activité marquée par la pandémie de Covid-19
Pendant ces quatre années, les communistes travaillent ensemble à mettre en œuvre les décisions du 38e Congrès.
Dès le début 2019, nous portons nos propositions auprès des « Gilets jaunes ». Cette même année, nous apportons une contribution de première importance au grand mouvement contre la réforme des retraites. Nous présentons un projet alternatif « pour une réforme des retraites digne du 21e siècle », et lançons la bataille pour un référendum. Tout en menant le débat sur les contenus, nous parvenons à réunir toutes les forces de gauche et les forces syndicales dans un meeting commun, premier acte d’une campagne unitaire qui débouchera sur l’élaboration d’un contre-projet des forces de gauche et écologistes. Notre action lors de ce mouvement social nous place comme une force utile à la mobilisation et centrale à gauche.
Au moment de la crise épidémique, révélatrice de la situation de la santé publique et de l’hôpital en France, nous publions nos propositions sous le titre « Protéger la population, relever les défis de la crise », ainsi qu’une lettre aux Français·es du secrétaire national du PCF et une adresse aux salarié·es. Prenant en compte l’inquiétude des parents et des enseignant·es devant la fermeture des établissements scolaires pour cause de Covid, nous publions également un « Plan d’urgence pour l’éducation ». Alors que le scepticisme et la méfiance grandissent à l’égard de la science, ouvrant la porte au complotisme, nous appelons au respect de la recherche scientifique et des vaccins qui ont libéré l’humanité d’épidémies meurtrières. Nous faisons nôtre la campagne « Pas de profit sur la pandémie » pour faire des vaccins et des traitements anti-Covid des biens publics mondiaux, accessibles à tou·tes, et nous portons la pétition « Des milliards pour l’hôpital, pas pour le capital ». Nous exigeons la levée des brevets pour l’accès égal de tous les peuples. Nous faisons également grandir l’exigence d’un pôle public du médicament et la défense de l’hôpital public. Dès juin 2020, nous adoptons le projet « Construisons la France en commun » et appelons à l’enrichir à travers une plateforme dédiée.
L’activité du parti est fortement impactée par la pandémie. La direction nationale s’organise et met à disposition des outils pour les militant·es. Les organisations du parti, à tous les niveaux, peuvent partager l’analyse de la situation, formuler des propositions, travailler à maintenir un lien avec les adhérent·es, organiser la solidarité entre camarades et avec la population, notamment les personnels de santé et les travailleurs·euses de première ligne. Nous faisons vivre avec nos élu·es cette solidarité par de nombreuses initiatives locales sur les enjeux de santé, d’éducation, d’alimentation, de droit au logement et à l’énergie. Cette période marque profondément notre parti, nous perdons alors brutalement de nombreuses et nombreux camarades. Nous devons déployer d’importants efforts pour reconstruire dans la foulée une vie militante à la hauteur des défis de la période.
C’est dans cet engagement que s’affirme la nouvelle actualité du thème des « Jours heureux », qui deviendra la référence de notre programme à la présidentielle et qui est maintenant identifié dans le pays et attaché au PCF.
Nous soutenons également le mouvement #MeToo qui fait entrer notre société dans une phase de remise en cause globale du modèle patriarcal, archaïque, profondément inégalitaire et vecteur de violences sexistes et sexuelles. Dans le prolongement de la création du dispositif « Stop violences », nous établissons une convention avec le Collectif féministe contre le viol.
Avec la commission « entreprises », nous commençons à relever le défi de l’activité politique à l’entreprise et sur les lieux de travail. Depuis quatre ans, l’activité des communistes s’y reconstruit. Des réseaux locaux et nationaux se structurent, des sections, cellules se créent. Des temps forts thématiques sont organisés (énergie, aéronautique), des documents ainsi que le journal « Agir » sont mis à la disposition des communistes. Des liens forts sont renoués avec des organisations syndicales. Le « Tour de France » des entreprises effectué par Fabien Roussel contribue à ces résultats.
Dans nombre de domaines, le travail de nos commissions nationales permet un développement important des propositions et initiatives du PCF.
En 2022, après des éditions perturbées par la crise sanitaire, les communistes contribuent activement à l’installation de la Fête de « l’Humanité » en Essonne, et à son succès sur ce nouveau site.
2. Retour sur les élections locales et notre campagne des européennes
Aux élections municipales de 2020, concernant les villes de 3 500 à 20 000 habitant·es, nous gagnons 25 communes, confirmant la possibilité de dynamiques de reconquête. Ces victoires nous ré-implantent dans une dizaine de départements où nous n’avions plus de maires communistes. En plus de ces conquêtes, nous conservons 118 villes, mais en perdons 28 (47 en 2014).
Dans les villes de plus de 20 000 habitant·es où nous dirigions des listes d’union, nous remportons des victoires importantes ; 3 villes sont reconquises. Au total, nous remportons 27 villes et en perdons 6 par rapport à 2014. Notre présence se renforce dans les majorités des métropoles, avec des élu·es communistes dans 14 des 21 métropoles du pays.
À partir de ces résultats, aux sénatoriales, nous gagnons 2 élu·es à parité, confirmant notre progression et nous permettant d’avoir un vice-président de la Haute-Assemblée.
Aux régionales et départementales de 2021, nous doublons le nombre de nos élu·es dans les conseils régionaux et en gagnons une dizaine dans les conseils départementaux. Une trentaine de fédérations obtiennent au moins un·e élu·e régional·e ou départemental·e : c’est un élargissement important de notre implantation territoriale. En revanche, dans le Val-de-Marne, dans le contexte marqué par la perte de quatre villes en 2020, la simultanéité des deux élections et des manœuvres de division à gauche, nous perdons la présidence du Conseil départemental face à la droite, malgré une belle campagne des communistes.
Aux élections européennes, pour la première fois depuis 2007, nous nous présentons à une élection dont la circonscription est l’ensemble du territoire national. Ayant perdu l’expérience des campagnes nationales, il faut tout réinventer avec des équipes nouvelles, tant sur le plan national que local.
Notre campagne « Pour l’Europe des gens, contre l’Europe de l’argent » constitue une étape importante pour la visibilité des idées communistes, renforçant celle que nous avions maintenue au niveau local. Notre parti apparaît comme une force combattant pour une autre Europe et refusant les traités européens ultralibéraux qui ont dépecé notre industrie comme nos services publics. Nous ne cédons pas sur des valeurs essentielles : contre le pouvoir de l’argent, pour les services publics, contre les idées xénophobes, pour l’accueil des réfugié·es...
Notre liste, conduite par Ian Brossat, suscite de l’intérêt en incarnant un renouvellement de la vie politique. Sa composition fait une large place au monde du travail. Elle contribue à renforcer des liens avec des actrices et acteurs du mouvement social, de la culture et de la création, des intellectuel·les et des personnalités de gauche, nationalement et localement, comme l’ont traduit le comité de soutien ou les nombreux appels sectoriels au vote. Nos candidat·es mènent une belle campagne, avec une mobilisation militante inédite depuis de nombreuses années. De fait, cette campagne aide à créer les conditions d’une candidature à la présidentielle.
Cependant, nous ne parvenons pas à réaliser la percée électorale voulue ; nous réalisons 2,49 % (564 949 voix), ce qui ne nous permet pas d’obtenir des élu·es. Notre absence du Parlement européen est un handicap. Malgré une liste cherchant à représenter le monde du travail par sa composition, celui-ci n’aura pas identifié le vote communiste comme un levier répondant à ses attentes. Nous serons apparu·es comme un repère à gauche, sans parvenir à faire émerger l’originalité de nos propositions avec suffisamment de force pour mobiliser.
3. Nos campagnes présidentielle et législatives : les communistes engagé·es pour de nouveaux « Jours heureux » !
La campagne présidentielle constituait un défi puisque, depuis 2007, avec la candidature de Marie-George Buffet, nous n’avions pas présenté de candidat·e communiste à cette élection qui structure la vie politique française.
Nous faisons alors le pari d’un exercice démocratique inédit pour prendre notre décision à travers trois étapes nationales, du conseil national au vote des adhérent·es, en passant par une conférence nationale exceptionnelle. Cette conférence nationale, tenue en pleine pandémie, réunit un millier de délégué·es en visioconférence ; elle est sans précédent dans la vie politique du pays et montre notre capacité collective à faire vivre la démocratie militante. À chaque étape de ce processus, la conviction des communistes de la nécessité d’une candidature issue de leur parti grandit, jusqu’à réunir 82 % des adhérent·es.
Notre campagne amène à une activité politique intense dès l’été 2021 avec la caravane des « Jours heureux », suivie de six rencontres nationales thématiques au dernier trimestre 2021, dont le meeting national à Paris sur les enjeux du travail et de l’emploi, précédé d’une semaine nationale d’action, visant à placer ces enjeux au cœur du débat présidentiel. Nous faisons connaître largement un axe majeur de notre projet visant à révolutionner le travail, la production et à sécuriser l’emploi et la formation pour éradiquer le chômage et augmenter les salaires, question brûlante : une conception communiste s’affrontant à la domination du capital, et très différente des propositions existant à gauche, visant par exemple à créer un revenu universel.
Tout au long des mois allant jusqu’au premier tour, par les meetings et les rencontres tenues, notre campagne et notre candidat apportent un souffle nouveau dans la vie politique. Fabien Roussel fait valoir avec talent l’originalité de nos propositions. Au-delà des enjeux du travail et de l’emploi, nous réalisons des percées sur des sujets importants et populaires. Alors que la crise énergétique pose d’immenses défis à la France, nous parvenons à faire de la souveraineté énergétique et de la maîtrise publique de ce secteur un enjeu majeur, nous contribuons à faire grandir une majorité populaire pour un mix nucléaire-renouvelable à la hauteur des besoins et du défi climatique. Alors que 5 millions de Français·es ont recours à l’aide alimentaire, nous portons la nécessité d’une alimentation diversifiée et équilibrée, défendant la souveraineté alimentaire avec le mot d’ordre « manger sain et à sa faim ».
Sur d’autre enjeux, la campagne est l’occasion de faire progresser notre connaissance des réalités du pays et d’améliorer notre projet. C’est le cas des enjeux industriels et de notre volonté d’une nouvelle industrialisation du pays. C’est le cas aussi de la jeunesse, dont notre candidat fait une priorité, en avançant l’objectif d’un pacte pour la jeunesse, idée qui a mobilisé et renforcé le MJCF. C’est encore le cas de la lutte contre les violences faites aux femmes et de l’égalité femmes-hommes dans tous les domaines.
Surtout, notre démarche communiste nous conduit à porter la cohérence d’un projet de société nouveau à gauche, celui d’une « France des Jours heureux », qui s’articule autour de grands axes identifiants : la révolution du travail et de la production ; la promotion de biens communs par le service public ; une République sociale et démocratique, laïque et universaliste pour rendre au peuple sa souveraineté ; l’égalité réelle ; une voix souveraine de la France en Europe et dans le monde au service de la paix et des coopérations. La force de ce projet est de lier les objectifs avancés et les moyens de les mettre en œuvre. Il suscite l’intérêt de nombreuses personnalités et amène les forces qui deviendront la Fédération de la gauche républicaine à soutenir notre candidat, en contribuant à enrichir elles-mêmes notre campagne commune.
Notre campagne rencontre un écho populaire et construit une popularité nouvelle de notre secrétaire national dans le pays, des sondages encourageants en témoignent. Cependant, nous ne réussissons pas à conforter jusqu’au bout cette dynamique.
En fin de campagne, nous ne parvenons pas à déjouer un système électoral qui favorise les candidat·es présenté·es comme pouvant accéder au second tour. L’hyper-présidentialisation est un dangereux obstacle à la démocratie et à l’expression véritable de la souveraineté populaire. L’avoir affronté avec notre candidat renforce notre engagement pour le combattre. La guerre en Ukraine impacte aussi fortement les dernières semaines de campagne. En suscitant la crainte d’une escalade et en éclipsant nombre de sujets que nous avions fait émerger, la guerre favorise les candidat·es les plus installé·es. Au final, nous obtenons 2,28 % des suffrages exprimés (802 422 voix), un score décevant, inférieur au potentiel construit dans la bataille.
Cette campagne, marquée par un effort militant important, aura dessiné les axes de la reconquête de l’électorat populaire, permis de faire fortement progresser l’identification de l’originalité et de l’utilité des communistes dans la reconstruction de la gauche. Elle aura grandement contribué à ce que le PCF prenne une place visible et originale dans le paysage politique. Loin d’un simple moment électoral, elle aura continué de nourrir notre activité et notre réflexion stratégique. Elle constitue donc un bien commun précieux.
Aux élections législatives, l’alliance électorale constituée avec la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale répond au désir d’union du peuple de gauche, sans pour autant être à la hauteur des défis posés à la France et à la gauche, et sans parvenir à remobiliser une partie des catégories populaires ayant intérêt au changement. Elle favorise le retour du clivage droite-gauche dans les confrontations politiques. Elle acte une convergence sur une série d’objectifs communs, sans toutefois dissimuler les différences et désaccords. Elle permet de qualifier de nombreux candidat·es de gauche au second tour et de faire élire deux fois plus de député·es de gauche que sous la précédente législature, contribuant à nous permettre de maintenir un groupe renforcé à l’Assemblée.
Notre coalition électorale ne retrouve cependant pas les scores cumulés des quatre candidatures de gauche à la présidentielle ; elle ne suscite pas l’élan de nature à faire refluer l’abstention. Le total des voix recueillies ne progresse pas sur le total des suffrages de gauche de 2017, à la différence de l’extrême droite. Confrontés à la volonté hégémonique de La France insoumise, nous ne pouvons présenter de candidatures communistes dans 500 circonscriptions ; ce qui aura constitué un problème important pour l’expression de nos idées et notre influence dans ces territoires, empêchant de conquérir d’autres circonscriptions. L’accord conclu alors ne doit pas devenir un carcan, ni servir de prétexte à figer le rapport de force à gauche, d’autant que d’importants débats demeurent entre nos forces, tant sur les orientations que sur la stratégie.
Nous aurons contribué à redonner de l’espoir à des millions de personnes, mais d’importants défis demeurent. Faire progresser nos idées et reconstruire la gauche est un travail de longue haleine. Ce que démontre la victoire contre l’extrême droite de Jean-Marc Tellier et des camarades du Pas-de-Calais, fruit de plusieurs années de combats menés avec la population.
Dans toutes ces séquences électorales, le bilan de nos élu·es est un réel appui. L’action par exemple de nos député·es et de notre camarade André Chassaigne pour la revalorisation des retraites agricoles, ou encore les initiatives de nos sénatrices et sénateurs, avec notre camarade Eliane Assassi pour faire éclater le scandale du cabinet McKinsey, en portent témoignage.
Ces quatre années d’activité intense auront rendu plus pressante la nécessité d’une organisation se déployant au plus près de la population. S’il nous reste beaucoup de chemin à parcourir, cette exigence est largement partagée dans le PCF. C’est la gravité de la crise systémique et la nécessité d’une réponse à la hauteur qui nous avait conduit·es à décider d’un nouvel élan pour le parti. Ouvrir une alternative au capitalisme est plus que jamais une urgence : c’est l’objet de ce 39e Congrès. Le chemin parcouru depuis le 38e nous permet de l’aborder avec lucidité, courage et confiance.