Chapitre 4

L’actualité brûlante du projet communiste

Introduction

Nous vivons bien une crise de civilisation. L’état de choses existant résiste mais, de toutes parts, se cherchent d’autres solutions que celles que le capital veut imposer. Il y a une alternative !

Avec le besoin d’une révolution écologique, l’humanité est confrontée en pratique avec sa responsabilité à l’échelle mondiale : rendre vivable sa relation avec la niche écologique qu’elle occupe, et qui s’étend aujourd’hui à l’espace, au fond des océans, à la maîtrise des processus biologiques sur lesquels repose la vie des êtres humains. Avec les débuts de la révolution technologique informationnelle et ses exigences de partage des informations et des pouvoirs, la perspective d’aller « au-delà » du marché capitaliste prend un caractère concret. Tandis que les crises attisent conflits, défiances, nationalismes, xénophobies, racisme, la contestation au grand jour de toutes les discriminations témoigne de ce que le développement des capacités de chacune et chacun, l’émancipation de la personne dans toutes ses dimensions, devient nécessaire pour le bien commun de toute l’humanité. L’ampleur mondiale du mouvement féministe nourrit tous les combats progressistes et rend manifeste leur portée universelle, pour chacune et pour chacun.

1. Pour une civilisation nouvelle, fondée sur le développement des capacités humaines, en harmonie avec la Terre

Le projet communiste se construit comme une réponse écologique, sociale, féministe, antiraciste, internationaliste à ce besoin de révolution, mettant fin à toute forme d’exploitation et de domination. Il répond à l’exigence d’une abolition effective et réussie du capitalisme et du libéralisme, à l’issue de transformations successives conduisant à les dépasser par la construction et l’essor d’une nouvelle civilisation – une civilisation de toute l’humanité où « le libre développement de chacun devient la condition du libre développement de tous » (Karl Marx).

Le communisme s’oppose radicalement au capitalisme et à la façon dont il pervertit les rapports des êtres humains avec la nature, dans l’activité par laquelle ils en tirent des produits utiles à leur existence. De façon inséparable, il s’oppose à tout ce qui pervertit les rapports des êtres humains entre eux et fait obstacle à l’émancipation de la personne humaine, la soumet au marché, délègue les pouvoirs au patron, au « chef de famille », aux chefs politiques, aux « présidents », aux « maîtres à penser »… Cela rencontre les formidables aspirations à l’émancipation personnelle.

Le communisme est ainsi à la fois l’objectif et le chemin menant à une société de partage des richesses, mais aussi des pouvoirs, des savoirs et des rôles : une société sans classes, sans guerres, dépassant les États nationaux ; une société où domination, exploitation, discriminations et aliénations sont abolies.

Cette perspective fonde l’existence d’un Parti communiste agissant au quotidien afin de construire une majorité populaire en faveur de la transformation radicale de la société. En faveur d’une révolution politique visant à abolir graduellement les délégations de pouvoir qui, dans l’État et les sociétés capitalistes et libérales d’aujourd’hui, privent l’immense majorité du pouvoir d’intervenir, de décider et de contrôler l’exécution des décisions.

La démocratie est le but et le moyen de notre combat révolutionnaire.

Pleinement internationalistes et engagés dans des combats convergents avec des partis communistes et d’autres forces qui contestent un monde structuré par les logiques capitalistes sous l’hégémonie en tous domaines du capital nord-américain, nous ne saurions concevoir le processus révolutionnaire autrement que comme le prolongement et le dépassement du combat pour la liberté et l’égalité qui a forgé l’histoire de notre peuple, des Lumières à la Révolution française, de la Commune de Paris aux conquêtes de la Libération, des luttes ouvrières aux combats pour la paix et contre le colonialisme. C’est dans cette perspective que nous travaillons à prendre en compte, dans tous ses aspects contradictoires, l’expérience historique qui a soulevé dans le monde un immense espoir en 1917. Lançant un défi à la domination universelle du capitalisme, elle a servi de point d’appui à des conquêtes sociales dans le monde entier, et l’URSS a apporté une contribution capitale à la victoire contre le fascisme hitlérien. Cependant, dans le contexte de l’arriération initiale du pays où elle est née, le système étatiste qui s’y est développé a été marqué par les crimes du stalinisme. Il s’est effondré face à la pression des puissances capitalistes à l’issue d’une crise profonde d’inefficacité économique, après avoir refusé de prendre en compte les exigences de démocratie et de liberté qui montaient des sociétés.

Les différents axes de transformation révolutionnaire que comporte le projet communiste doivent faire l’objet d’un vaste débat dans la société avec les autres projets en présence dans la bataille politique – ceux qui visent à préserver l’état de choses existant, comme ceux qui visent à l’aménager ou à le transformer.

2. Un processus révolutionnaire pour vaincre la résistance du capital

Le projet communiste ne se réduit pas seulement à une utopie, à la définition d’une société idéale à l’horizon d’une transformation plus ou moins lointaine. C’est un processus qui commence tout de suite, dans un conflit permanent et multiforme avec le capital, pour arracher des réponses immédiates aux aspirations populaires. Mais ce « mouvement » n’est pas tout, et le but final compte car c’est d’une tout autre société qu’il faut, sans attendre, concevoir et poser, une à une, les briques.

Chaque fois que des éléments de partage progressistes des richesses, des pouvoirs, des savoirs, des rôles sont conquis, se traduisent dans des avancées institutionnelles, comme au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, c’est un progrès vers du communisme. Cela ne fait pas pour autant de notre société une société communiste. Cela fait bien plutôt monter le besoin de révolution dans tous les aspects de la vie humaine.

En effet, tous les mouvements émancipateurs se heurtent à un même adversaire : le capital. Il s’oppose à ces avancées avec toute la puissance que lui confèrent son pouvoir sur l’utilisation de l’argent imprégnant tous les lieux de décision économiques, politiques et sociaux, ses possibilités de recours à la violence étatique, ses moyens matériels et idéologiques de discréditer et de décourager les mouvements qui contestent sa domination. Agir dans les luttes, dans la bataille d’idées et dans les institutions pour rassembler ces mouvements dans un combat de classe contre leur adversaire commun en leur donnant la force, par la cohérence d’un projet révolutionnaire, de l’emporter sur la puissance du capital : c’est là l’utilité du rôle original que le Parti communiste veut jouer dans les conditions concrètes de la France et du monde d’aujourd’hui.

C’est dans les mobilisations sociales, écologistes, féministes, antiracistes, internationalistes que progresse le plus le combat politique pour déjouer le travail de division qu’opèrent le pouvoir, le patronat et l’idéologie dominante, et pour rassembler, contre l’exploitation, l’ensemble du salariat, des ouvrier·es aux cadres, ainsi que toutes celles et toutes ceux qui n’acceptent plus d’être dominé·es, exclu·es, en butte au racisme, nié·es dans leur culture, dans leur genre, dans les relations avec leur aîné·es. C’est dans les luttes et dans la bataille d’idées que cette large majorité de notre société peut s’affirmer comme une majorité politique, capable d’imposer démocratiquement au Parlement, au gouvernement et jusque dans tous les lieux de pouvoirs, des choix politiques ouvrant la voie à la construction d’une nouvelle civilisation.

Les conditions de cette construction mûrissent en effet dans les contradictions du capitalisme financiarisé et mondialisé en crise. Mais tant que la logique de la rentabilité capitaliste et la confiscation du pouvoir par une minorité dominent la société et toutes les relations entre les êtres humains, la crise ne peut que s’approfondir et meurtrir davantage les exploité·es et les dominé·es. Pour qu’une autre logique, sociale, écologique, féministe, antiraciste, internationaliste, c’est-à-dire communiste, l’emporte, il faut une révolution politique et une révolution économique, écologique, culturelle. C’est l’enjeu d’un conflit, dont la durée, les avancées, les reculs et les conquêtes dépendent des rapports de force politiques entre l’ordre ancien et le mouvement qui vise à l’abolir jusqu’à le dépasser.

3. Le chemin : une révolution dans l’économie, dans l’écologie, dans toutes les relations entre les êtres humains

On peut définir les grands traits de cette transformation révolutionnaire, en tant qu’ils affectent l’économie et, de façon inséparable, l’écologie et ce que l’on peut appeler l’anthroponomie, c’est-à-dire toutes les dimensions dans lesquelles les êtres humains se construisent par les relations entre générations, au travail, dans la vie de la cité, dans la vie culturelle et psychique.

Le projet communiste passe par une révolution des rapports sociaux de production, de consommation et de répartition

  • une appropriation sociale, du local au mondial, des moyens de production, d’échange et de financement, de la gestion des entreprises, une transformation des buts poursuivis, des pouvoirs de décision, et des critères de gestion au service d’une nouvelle efficacité sociale et écologique de l’économie, s’appuyant sur des formes de propriété et de pouvoir nouvelles ;
  • le dépassement du salariat capitaliste par l’avancée d’une sécurité d’emploi ou de formation, garantissant une continuité de revenu tout au long de la vie avec des activités développant toutes les capacités des êtres humains, pour que chacune et chacun s’émancipe d’un système où leurs capacités tendent à n’être considérées que comme une force de travail traitée comme une marchandise ;
  • un nouvel âge de la démocratie à tous les niveaux et dans tous les domaines impliquant notamment des pouvoirs d’intervention directe, décentralisés, de tous les acteurs sociaux, des citoyennes et citoyens.

Porteur d’une véritable révolution du travail et de son sens, le dépassement du marché du travail met à l’ordre du jour une nouvelle logique économique, avec un dépassement du marché des biens et des services, par l’affirmation de nouveaux critères de gestion des entreprises, entrant en conflit avec les critères de gestion capitalistes, et par l’essor de nouveaux services publics, lieux d’exercice de nouveaux pouvoirs par leurs agent·es et par leurs usager·ères ; avec le dépassement du marché de l’argent par le développement d’un nouveau crédit bancaire, contre la dictature des marchés financiers ; et avec le dépassement du marché mondial qui connecte les trois précédents à l’échelle de la planète, par une nouvelle mondialisation de coopération et de paix, remplaçant l’hégémonie du dollar et de ses institutions (FMI, Banque mondiale) par une monnaie commune mondiale de coopération avec de nouvelles institutions, depuis l’échelon local jusqu’au niveau national, et du niveau européen au niveau mondial.

Le projet communiste passe par une révolution écologique

L’organisation de la vie en société doit être inspirée, de part en part, par l’impératif de développer et de mettre à la disposition de toutes et tous ces biens communs de l’humanité que sont le climat, la biodiversité, la qualité de l’air, de l’eau, des paysages… Une refonte écologique et culturelle de la production et de la consommation suppose des politiques de coopération se substituant à la concurrence, afin de tendre vers une économie circulaire, réduisant ainsi la pression sur les ressources et les écosystèmes. Il s’agira de faire face au défi climatique par des politiques d’atténuation et d’adaptation ambitieuses, pour œuvrer à un monde neutre en carbone avant la seconde moitié de ce siècle. Le développement des énergies bas carbone, nucléaire comme renouvelables, en parallèle de la généralisation de la mobilité propre, du fret ferroviaire, fluvial et maritime, des mesures d’efficacité énergétique dans le bâtiment et l’industrie, ainsi que la promotion de l’agroécologie et l’agroforesterie, seront des leviers incontournables pour assurer la survie des 8 et bientôt 10 milliards d’habitant·es sur Terre.

Services publics et entreprises sont au cœur de l’enjeu écologique : services publics de l’écologie, de la santé, de la recherche ou du financement, mais aussi entreprises productives, avec de nouveaux critères de gestion (donc de production et de localisation), banques (avec de nouveaux critères d’investissement et de financement). Nous pouvons faire converger des forces du « dedans » et du « dehors » de l’entreprise, à partir du double enjeu social et écologique qui se rejoignent contre la domination du capital, les critères de rentabilité financière, l’austérité et le système de pouvoirs.

Le projet communiste passe par une révolution des relations entre générations, du travail, de la politique, de la culture

C’est pourquoi il n’établit pas de hiérarchie entre les luttes émancipatrices. Il développe le combat féministe jusqu’à une civilisation libérée de toute trace du patriarcat dans la famille, dans l’économie, dans la vie politique et dans la vie des idées. Il développe les combats antiracistes en poussant jusqu’au bout la bataille de l’égalité des droits. Il agit pour une laïcité qui libère les individus de l’emprise des obscurantismes et des communautarismes. Cependant, à la différence des courants qui se contentent d’une juxtaposition des luttes contre les dominations, il vise à les articuler à la bataille de classe contre l’exploitation, condition pour arracher son pouvoir au capital.

À l’inverse de la marchandisation accélérée par les multinationales du numérique, le projet communiste repose sur la libre circulation des arts et des idées. Il protège les artistes, favorise l’accès de toutes et tous aux pratiques artistiques comme à la diffusion culturelle. Il considère la liberté de création et de diffusion comme une liberté fondamentale, permettant l’émancipation individuelle et celle de la société tout entière.

Ce processus vers la construction d’une nouvelle civilisation, nous voulons en instruire les conditions à la lumière, entre autres, des expériences révolutionnaires des cent dernières années. Au-delà du dépassement des marchés, le projet communiste mène, à terme, au dépassement du travail lui-même comme forme contrainte des activités de production. Poussé jusqu’à son but final, il mène au dépassement des nations, de l’argent, de l’Etat… c’est-à-dire au communisme.

La même logique, dans son conflit avec celle de plus en plus perverse et inefficace du capitalisme, donne ainsi aux axes de propositions qui structurent l’activité des communistes dans la durée une cohérence fondamentale, entre poursuite d’objectifs sociaux transformateurs, conquête de pouvoirs et de droits nouveaux, et mobilisation des moyens financiers nécessaires.

Cette logique donne leur sens à nos efforts pour l’unité du salariat et de toutes les forces d’émancipation dans le monde. Elle donne sens à une stratégie politique visant à constituer des majorités pour conquérir démocratiquement des pouvoirs dans tous les lieux, du local au mondial, où prédomine aujourd’hui la logique capitaliste. Elle se traduit dans l’organisation et dans l’action du parti révolutionnaire que veut être le Parti communiste français.

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Suggest. P 21 lignes 44 à 9 P 22 Congrès sect. Roumois favorable Congrès fédé Eure favorable

Proposition d’amendement, SUPPRIMER : les lignes 44 à 50 et les lignes 1 à 9. REMPLACER par : « Nous nous nommons Parti communiste français ; le communisme est le fondement de notre existence. Mais qu’entendons-nous par « communisme » ? Longtemps, à partir de la révolution d’Octobre 1917, nous avons pris ce qui se nommait le « socialisme » en Union soviétique comme modèle universel de société abolissant le capitalisme. La société communiste était considérée comme un objectif lointain. Ses conditions, surtout matérielles, étaient censées être préparées par « l’étape » du socialisme, un régime obéissant à des critères précis dont l’objectif était de faire mieux que le capitalisme en matière économique et sociale sous la direction d’un Parti-État contrôlant toute la société, jusqu’à l’intimité des individus. Au-delà de l’horreur que fut le système stalinien, et avant l’effondrement de l’URSS en 1991, nous nous sommes progressivement émancipés de ce modèle à partir des années 1970. Nous avons renoncé à la doctrine qui le légitimait, le marxisme-léninisme. Nous avons compris que les moyens devaient nécessairement s’accorder aux fins, que l’alternative au capitalisme n’est pas l’étatisme, l’autoritarisme, le nivellement et le productivisme, mais : « L’association où le libre développement de chacun devient la condition du libre développement de tous », et non l’inverse (Manifeste du parti communiste) Nous avons fait et nous faisons de la démocratie, de la liberté, le but et le moyen de notre combat révolutionnaire. Nous ne nous reconnaissons donc dans aucun régime de parti unique, de contraintes, de surveillance, de privilèges. Surtout, nous travaillons et continuons à travailler à ce que le communisme ne soit pas une simple référence ou un supplément d’âme, mais qu’il puise son sens dans les réalités contemporaines, qu’il soit la source d’inspiration de nos analyses et de nos actions. Aujourd’hui, les immenses aspirations écologiques, sociales, féministes, antiracistes, internationalistes décrites plus haut ébranlent toutes les dominations ; la conscience tend à devenir universelle à tel point que l’humanité est confrontée à des défis vertigineux, tels la pauvreté et les inégalités, la paix, les pandémies, la vie sur Terre, le sort des générations futures ; le modèle de l’individu seul contre tous dans une société violente et fractionnée est battu en brèche par l’aspiration à l’autonomie personnelle, à la liberté et à l’égalité dans un monde du commun. Le communisme vise à donner force politique à ces exigences émancipatrices qui travaillent le réel pour en faire les éléments déterminants de sa transformation. Comme l’écrivait Marx, il ne s’agit pas « d’introduire des utopies toutes faites », mais de « libérer les éléments de la société nouvelle que porte dans ses flancs la vieille société bourgeoise ». C’est dans le combat pour déployer tous les potentiels émancipateurs présents et naissant dans le réel verrouillé par le capitalisme, par tous les modes de domination et d’aliénation, que peuvent être anticipés les grands traits d’une société communiste. » COMMENTAIRE de l’emploi du terme « communisme » dans le texte de base commune Les nom « communisme » et l’adjectif « communiste » se rencontrent à de nombreuses reprises dans le texte. Ainsi, l’affirmation que jamais le projet communiste n'a été d’une telle actualité est répétée plusieurs fois dans le préambule. Le premier chapitre de la 2e partie s’intitule « Le besoin de communisme pour relever les défis collectifs de l’humanité » et la 4e « L’actualité brûlante du projet communiste ». Il est évident que, face à cette notion, nous ne nous trouvons pas devant une page blanche ! Nous y sommes confrontés depuis que notre parti se nomme Parti communiste français. Et pas seulement nous, puisque le mot « communisme » a profondément marqué l’histoire du 20e siècle et continue d’être abondamment employé dans l’actualité internationale. Notre réflexion à ce propos a beaucoup évolué et s’est même radicalement transformée ; par ailleurs, tout le monde, autour de nous, se fait une idée de ce que signifie ou évoque « le communisme ». Pour un congrès du PCF, il paraît indispensable de se situer vis-à-vis de cette évolution de notre réflexion, comme de l’opinion de nos contemporains, sur une notion définie justement dans le texte comme à la fois fondamentale et existentielle, puisque, est-il écrit, « cette perspective fonde l’existence » de notre parti ».

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Jean-Francois Gau

Proposition d'amendement à propos du communisme

Cette proposition d’amendement constitue un nouveau paragraphe qui débuterait le premier chapitre, intitulé « Pour une civilisation nouvelle, fondée sur le développement des capacités humaines, en harmonie avec la Terre », de la quatrième partie : « Nous nous nommons Parti communiste français ; le communisme est le fondement de notre existence. Mais qu’entendons-nous par « communisme » ? Longtemps, à partir de la révolution d’Octobre 1917, nous avons pris ce qui se nommait le « socialisme » en Union soviétique comme modèle universel de société abolissant le capitalisme. La société communiste était considérée comme un objectif lointain. Ses conditions, surtout matérielles, étaient censées être préparées par l’« étape » du socialisme, un régime obéissant à des critères précis dont l’objectif était de faire mieux que le capitalisme en matière économique et sociale sous la direction d’un Parti-État contrôlant toute la société, jusqu’à l’intimité des individus. Au-delà de l’horreur que fut le système stalinien, et avant l’effondrement de l’URSS en 1991, nous nous sommes progressivement émancipés de ce modèle à partir des années 1970. Nous avons renoncé à la doctrine qui le légitimait, le marxisme-léninisme. Nous avons compris que les moyens devaient nécessairement s’accorder aux fins, que l’alternative au capitalisme n’est pas l’étatisme, l’autoritarisme, le nivellement et le productivisme, mais « l’association où le libre développement de chacun devient la condition du libre développement de tous », et non l’inverse (Manifeste du parti communiste) Nous avons fait et nous faisons de la démocratie, de la liberté, le but et le moyen de notre combat révolutionnaire. Nous ne nous reconnaissons donc dans aucun régime de parti unique, de contraintes, de surveillance, de privilèges. Surtout, nous travaillons et continuons à travailler à ce que le communisme ne soit pas une simple référence ou un supplément d’âme, mais qu’il puise son sens dans les réalités contemporaines, qu’il soit la source d’inspiration de nos analyses et de nos actions. Aujourd’hui, les immenses aspirations écologiques, sociales, féministes, antiracistes, internationalistes décrites plus haut ébranlent toutes les dominations ; la conscience tend à devenir universelle que l’humanité est confrontée à des défis vertigineux, tels la pauvreté et les inégalités, la paix, les pandémies, la vie sur Terre, le sort des générations futures ; le modèle de l’individu seul contre tous dans une société violente et fractionnée est battu en brèche par l’aspiration à l’autonomie personnelle, à la liberté et à l’égalité dans un monde du commun. Le communisme vise à donner force politique à ces exigences émancipatrices qui travaillent le réel pour en faire les éléments déterminants de sa transformation. Comme l’écrivait Marx, il ne s’agit pas d’« introduire des utopies toutes faites », mais de « libérer les éléments de la société nouvelle que porte dans ses flancs la vieille société bourgeoise ». C’est dans le combat pour déployer tous les potentiels émancipateurs présents et naissant dans le réel verrouillés par le capitalisme, par tous les modes de domination et d’aliénation, que peuvent être anticipés les grands traits d’une société communiste. » Explication de cette proposition Depuis que notre parti se nomme Parti communiste français, il est évidemment confronté à la question du communisme. Notre réflexion à ce propos a beaucoup évolué et s’est même radicalement transformée ; par ailleurs, tout le monde, autour de nous, se fait une idée de ce que signifie ou évoque « le communisme ».Pour un congrès du PCF, il paraît indispensable de se situer vis-à-vis de cette évolution de notre réflexion, comme de l’opinion de nos contemporains, sur une notion définie justement dans le texte comme à la fois fondamentale et existentielle, puisque, est-il écrit, « cette perspective fonde l’existence » de notre parti. Cette évolution, pour la caractériser sommairement, a consisté en une rupture, à partir des années 1970, avec la doctrine partagée par les partis qui avaient adhéré à l’Internationale communiste après la révolution d’Octobre. Des « lois universelles » décrivaient le chemin menant au communisme en termes de : révolution chassant la classe capitaliste du pouvoir politique au profit de la classe ouvrière et de ses alliés ; puis succession de « périodes de transition » (dictature du prolétariat, puis socialisme, pour parvenir au communisme). Ce processus se réalisait en Union soviétique, qui en était à « l’étape » du socialisme. L’expérience de celle-ci, y compris pendant la période stalinienne, avait ainsi été érigée en « modèle » à suivre. À noter que, durant cette période historique, la notion de « communisme » s'était progressivement effacée, réduite à l’horizon d’une société idéale lointaine, sans classe, sans État, une société d’abondance et de liberté, sorte de supplément d’âme sans véritable rapport avec l’état du « socialisme réel ». Nous avions alors pour projet de société le « socialisme », conçu comme la variante nationale d’un modèle universel. C’est de ce modèle que nous nous sommes donc émancipés. Cela ne s’est pas fait d’un coup ; nous avons commencé par avancer l’idée d’un « socialisme à la française », qui, tout en se démarquant fortement, maintenait de fait un cousinage ; mais nous avons accompli cet effort, collectivement. Nous avons abandonné un par un les marqueurs « marxistes-léninistes » pour en conclure que nos choix différaient totalement de ce qui se faisait ailleurs au nom du socialisme ou du communisme : « Nous avons pour projet une tout autre société que les sociétés socialistes existantes ou ayant existé. » (1990) Ce renoncement progressif à notre ancienne conception nous a confrontés à la nécessité de définir notre propre notion de communisme, notamment en réévaluant sa place dans le contenu de nos pratiques et de nos objectifs politiques. Nous l’avons fait en revenant aux sources, à Marx, qui faisait du plein et libre développement de chaque individu la clé de ce qu’il faut entendre par « communisme », c’est-à-dire tout à la fois le mouvement, conditionné par les réalités de la société, qui conduit à « mettre fin à l’ordre actuel » et la société nouvelle qui émerge de ces réalités ainsi transformées. Dans les conditions de la société et du monde contemporains, ce mouvement d’émancipation se généralise aux exigences d’abolition de toutes les dominations, discriminations et aliénations. Il fait de la démocratie – entendue comme la conquête par chaque individu du droit et du pouvoir de maîtriser en responsabilité sa propre destinée – le levier essentiel du combat communiste. « Notre » communisme est donc bien le fondement de notre raison d’être et il nourrit en permanence le contenu de notre action et de nos objectifs. N’étant pas un dogme défini par des principes éternels, il s’enrichit (c’est-à-dire : nous devons veiller à l’enrichir) de créations nées du mouvement populaire dans la diversité de ses exigences. Tout cela fait que le texte d’un congrès du PCF ne peut pas faire l’économie, lorsqu’il aborde la question de « l’actualité brûlante du projet communiste » (4e partie), de commencer par une explication de ce que nous entendons par cette notion de communisme. Pour nous. Et, publiquement, pour celles et ceux qui nous entourent. Or, ce n’est pas ainsi que procède le texte de base commune. Faute de ce point de départ qui rappelle, pour les réaffirmer, nos choix de rupture avec nos conceptions anciennes et qui assoit les paragraphes qui suivent sur une définition du communisme qui permette de savoir de quoi on parle, le texte oscille en permanence entre, d’une part, des affirmations bienvenues (par exemple, dans l’introduction de cette 4e partie, le « besoin de révolution » appelé par la « crise de civilisation » actuelle se décline dans les différentes exigences sociales, écologiques, féministes, etc. d’« émancipation de la personne dans toutes ses dimensions », ou encore l’affirmation : « La démocratie est le but et le moyen de notre combat révolutionnaire ») et, d’autre part, des éléments qui datent. Ainsi, cette 4e partie débute par deux paragraphes qui énonce plusieurs caractéristiques du communisme : le « projet communiste » « se construit comme une réponse (…) à ce besoin de révolution », il « répond à l’exigence d’une abolition effective et réussie du capitalisme ». (4e partie, 1er chapitre, 1er paragraphe) Le « communisme », lui, « s’oppose radicalement au capitalisme », il « s’oppose à tout ce qui pervertit les rapports des êtres humains entre eux », il « rencontre les formidables aspirations à l’émancipation personnelle »… (2e paragraphe) Il n’y a pas un mot à retrancher à ces affirmations. Mais ne peut-on pas constater qu’une fois indiqué que le « projet communiste » ou « le communisme » répond, s’oppose, rencontre, une question reste en suspens : « De quoi est-il le nom ? » On peut considérer que le paragraphe suivant (3e paragraphe) tente de répondre à cette question : « Le communisme est ainsi à la fois l’objectif et le chemin menant à une société de partage des richesses, mais aussi des pouvoirs, des savoirs et des rôles ; une société sans classes, sans guerres, dépassant les États nationaux ; une société où domination, exploitation, discriminations et aliénations sont abolies. » On ressent avec cette formulation le manque du rappel de la caractérisation du communisme différant de nos conceptions anciennes, rappelée plus haut, à savoir l’ancrage dans le réel : mouvement réel et société révolutionnée par la libération des potentiels d’émancipation présents et naissant dans le réel. La description de la société communiste en souffre : description canonique (société sans classe, sans guerre, etc.), valable en tout temps et en toute circonstance, alors que les grands traits de la société communiste devraient se déduire non pas de règles préétablies, mais « des conditions résultant des prémisses actuellement existantes », comme l’écrivait Marx. Ce travail d’anticipation n’est-il pas devant nous ? De surcroît, en présentant le communisme comme « à la fois l’objectif et le chemin (y) menant », le texte, peut-être sans le vouloir, favorise un glissement du sens du mot « communisme », compris essentiellement dans la suite du texte comme une société à venir. Il devient une « perspective » dans les 4e et 6e paragraphes. Par voie de conséquence, l’idée qu’il est aussi un mouvement est traitée sous forme de mise en garde : ce mouvement doit être celui qui emprunte le chemin menant à la société future. On lit ainsi : « Le projet communiste (…) est un processus qui commence tout de suite (…). Mais ce mouvement n’est pas tout et le but final compte ». (4e partie, 2e chapitre, 1er paragraphe). Il existe dans notre société « des avancées » qui constituent « un progrès vers du communisme. Cela ne fait pas pour autant de notre société une société communiste ». (2e paragraphe) Cette conception du communisme comme une société future résultant d’un processus de transformations orientées vers cette fin a un passé : 1917 et ensuite. Le texte ne fait pas l’impasse sur cette question : le pourrait-il ? Mais, puisqu’il n’a pas rappelé que nous avons fait nôtre cette conception, que nous voyions réaliser ce processus au travers du modèle du « socialisme » soviétique et que nous nous en sommes extirpés, le texte s’efforce d’« oublier » cette parenté et d’analyser de façon distanciée et balancée l’histoire du soviétisme, ce qui le conduit à un raisonnement qu’il n’est pas exagéré de qualifier d’embarrassé : qu’il est redoutable, le « cependant » qui sépare les aspects positifs et négatifs de l’« expérience historique » de l’Union soviétique ! (4e partie, 1er chapitre, 7e paragraphe.) Tout ce paragraphe peut être supprimé sans dommage. Si l’idée est clairement affirmée par ailleurs que non seulement nous avons condamné le système que fut le stalinisme mais que nous nous sommes extirpés de la matrice marxiste-léniniste – qui continue d’inspirer des partis communistes –, il n’est pas indispensable de refaire une énième fois l’analyse de l’histoire et de l’échec de l’URSS, nécessairement lacunaire en une ou deux phrases. En résumé, plusieurs formulations des deux premiers chapitres de cette 4e partie gagneraient à être amendés. Ce ne serait pas un travail très difficile car les ingrédients existent pour présenter notre conception du communisme. Il faudrait modifier ici ou là quelques hésitations qui pourraient renvoyer à notre pensée ancienne ; et surtout « cadrer » cet exposé par une définition claire de ce que nous entendons par communisme. Ce qu’il est, ce qu’il n’est pas ou n’est plus. Il suffirait d'un paragraphe. D’où cette proposition de rédaction, conçue bien sûr pour être améliorée.