Introduction
Nous vivons bien une crise de civilisation. L’état de choses existant résiste mais, de toutes parts, se cherchent d’autres solutions que celles que le capital veut imposer. Il y a une alternative !
Avec le besoin d’une révolution écologique, l’humanité est confrontée en pratique avec sa responsabilité à l’échelle mondiale : rendre vivable sa relation avec la niche écologique qu’elle occupe, et qui s’étend aujourd’hui à l’espace, au fond des océans, à la maîtrise des processus biologiques sur lesquels repose la vie des êtres humains. Avec les débuts de la révolution technologique informationnelle et ses exigences de partage des informations et des pouvoirs, la perspective d’aller « au-delà » du marché capitaliste prend un caractère concret. Tandis que les crises attisent conflits, défiances, nationalismes, xénophobies, racisme, la contestation au grand jour de toutes les discriminations témoigne de ce que le développement des capacités de chacune et chacun, l’émancipation de la personne dans toutes ses dimensions, devient nécessaire pour le bien commun de toute l’humanité. L’ampleur mondiale du mouvement féministe nourrit tous les combats progressistes et rend manifeste leur portée universelle, pour chacune et pour chacun.
1. Pour une civilisation nouvelle, fondée sur le développement des capacités humaines, en harmonie avec la Terre
Le projet communiste se construit comme une réponse écologique, sociale, féministe, antiraciste, internationaliste à ce besoin de révolution, mettant fin à toute forme d’exploitation et de domination. Il répond à l’exigence d’une abolition effective et réussie du capitalisme et du libéralisme, à l’issue de transformations successives conduisant à les dépasser par la construction et l’essor d’une nouvelle civilisation – une civilisation de toute l’humanité où « le libre développement de chacun devient la condition du libre développement de tous » (Karl Marx).
Le communisme s’oppose radicalement au capitalisme et à la façon dont il pervertit les rapports des êtres humains avec la nature, dans l’activité par laquelle ils en tirent des produits utiles à leur existence. De façon inséparable, il s’oppose à tout ce qui pervertit les rapports des êtres humains entre eux et fait obstacle à l’émancipation de la personne humaine, la soumet au marché, délègue les pouvoirs au patron, au « chef de famille », aux chefs politiques, aux « présidents », aux « maîtres à penser »… Cela rencontre les formidables aspirations à l’émancipation personnelle.
Le communisme est ainsi à la fois l’objectif et le chemin menant à une société de partage des richesses, mais aussi des pouvoirs, des savoirs et des rôles : une société sans classes, sans guerres, dépassant les États nationaux ; une société où domination, exploitation, discriminations et aliénations sont abolies.
Cette perspective fonde l’existence d’un Parti communiste agissant au quotidien afin de construire une majorité populaire en faveur de la transformation radicale de la société. En faveur d’une révolution politique visant à abolir graduellement les délégations de pouvoir qui, dans l’État et les sociétés capitalistes et libérales d’aujourd’hui, privent l’immense majorité du pouvoir d’intervenir, de décider et de contrôler l’exécution des décisions.
La démocratie est le but et le moyen de notre combat révolutionnaire.
Pleinement internationalistes et engagés dans des combats convergents avec des partis communistes et d’autres forces qui contestent un monde structuré par les logiques capitalistes sous l’hégémonie en tous domaines du capital nord-américain, nous ne saurions concevoir le processus révolutionnaire autrement que comme le prolongement et le dépassement du combat pour la liberté et l’égalité qui a forgé l’histoire de notre peuple, des Lumières à la Révolution française, de la Commune de Paris aux conquêtes de la Libération, des luttes ouvrières aux combats pour la paix et contre le colonialisme. C’est dans cette perspective que nous travaillons à prendre en compte, dans tous ses aspects contradictoires, l’expérience historique qui a soulevé dans le monde un immense espoir en 1917. Lançant un défi à la domination universelle du capitalisme, elle a servi de point d’appui à des conquêtes sociales dans le monde entier, et l’URSS a apporté une contribution capitale à la victoire contre le fascisme hitlérien. Cependant, dans le contexte de l’arriération initiale du pays où elle est née, le système étatiste qui s’y est développé a été marqué par les crimes du stalinisme. Il s’est effondré face à la pression des puissances capitalistes à l’issue d’une crise profonde d’inefficacité économique, après avoir refusé de prendre en compte les exigences de démocratie et de liberté qui montaient des sociétés.
Les différents axes de transformation révolutionnaire que comporte le projet communiste doivent faire l’objet d’un vaste débat dans la société avec les autres projets en présence dans la bataille politique – ceux qui visent à préserver l’état de choses existant, comme ceux qui visent à l’aménager ou à le transformer.
2. Un processus révolutionnaire pour vaincre la résistance du capital
Le projet communiste ne se réduit pas seulement à une utopie, à la définition d’une société idéale à l’horizon d’une transformation plus ou moins lointaine. C’est un processus qui commence tout de suite, dans un conflit permanent et multiforme avec le capital, pour arracher des réponses immédiates aux aspirations populaires. Mais ce « mouvement » n’est pas tout, et le but final compte car c’est d’une tout autre société qu’il faut, sans attendre, concevoir et poser, une à une, les briques.
Chaque fois que des éléments de partage progressistes des richesses, des pouvoirs, des savoirs, des rôles sont conquis, se traduisent dans des avancées institutionnelles, comme au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, c’est un progrès vers du communisme. Cela ne fait pas pour autant de notre société une société communiste. Cela fait bien plutôt monter le besoin de révolution dans tous les aspects de la vie humaine.
En effet, tous les mouvements émancipateurs se heurtent à un même adversaire : le capital. Il s’oppose à ces avancées avec toute la puissance que lui confèrent son pouvoir sur l’utilisation de l’argent imprégnant tous les lieux de décision économiques, politiques et sociaux, ses possibilités de recours à la violence étatique, ses moyens matériels et idéologiques de discréditer et de décourager les mouvements qui contestent sa domination. Agir dans les luttes, dans la bataille d’idées et dans les institutions pour rassembler ces mouvements dans un combat de classe contre leur adversaire commun en leur donnant la force, par la cohérence d’un projet révolutionnaire, de l’emporter sur la puissance du capital : c’est là l’utilité du rôle original que le Parti communiste veut jouer dans les conditions concrètes de la France et du monde d’aujourd’hui.
C’est dans les mobilisations sociales, écologistes, féministes, antiracistes, internationalistes que progresse le plus le combat politique pour déjouer le travail de division qu’opèrent le pouvoir, le patronat et l’idéologie dominante, et pour rassembler, contre l’exploitation, l’ensemble du salariat, des ouvrier·es aux cadres, ainsi que toutes celles et toutes ceux qui n’acceptent plus d’être dominé·es, exclu·es, en butte au racisme, nié·es dans leur culture, dans leur genre, dans les relations avec leur aîné·es. C’est dans les luttes et dans la bataille d’idées que cette large majorité de notre société peut s’affirmer comme une majorité politique, capable d’imposer démocratiquement au Parlement, au gouvernement et jusque dans tous les lieux de pouvoirs, des choix politiques ouvrant la voie à la construction d’une nouvelle civilisation.
Les conditions de cette construction mûrissent en effet dans les contradictions du capitalisme financiarisé et mondialisé en crise. Mais tant que la logique de la rentabilité capitaliste et la confiscation du pouvoir par une minorité dominent la société et toutes les relations entre les êtres humains, la crise ne peut que s’approfondir et meurtrir davantage les exploité·es et les dominé·es. Pour qu’une autre logique, sociale, écologique, féministe, antiraciste, internationaliste, c’est-à-dire communiste, l’emporte, il faut une révolution politique et une révolution économique, écologique, culturelle. C’est l’enjeu d’un conflit, dont la durée, les avancées, les reculs et les conquêtes dépendent des rapports de force politiques entre l’ordre ancien et le mouvement qui vise à l’abolir jusqu’à le dépasser.
3. Le chemin : une révolution dans l’économie, dans l’écologie, dans toutes les relations entre les êtres humains
On peut définir les grands traits de cette transformation révolutionnaire, en tant qu’ils affectent l’économie et, de façon inséparable, l’écologie et ce que l’on peut appeler l’anthroponomie, c’est-à-dire toutes les dimensions dans lesquelles les êtres humains se construisent par les relations entre générations, au travail, dans la vie de la cité, dans la vie culturelle et psychique.
Le projet communiste passe par une révolution des rapports sociaux de production, de consommation et de répartition
- une appropriation sociale, du local au mondial, des moyens de production, d’échange et de financement, de la gestion des entreprises, une transformation des buts poursuivis, des pouvoirs de décision, et des critères de gestion au service d’une nouvelle efficacité sociale et écologique de l’économie, s’appuyant sur des formes de propriété et de pouvoir nouvelles ;
- le dépassement du salariat capitaliste par l’avancée d’une sécurité d’emploi ou de formation, garantissant une continuité de revenu tout au long de la vie avec des activités développant toutes les capacités des êtres humains, pour que chacune et chacun s’émancipe d’un système où leurs capacités tendent à n’être considérées que comme une force de travail traitée comme une marchandise ;
- un nouvel âge de la démocratie à tous les niveaux et dans tous les domaines impliquant notamment des pouvoirs d’intervention directe, décentralisés, de tous les acteurs sociaux, des citoyennes et citoyens.
Porteur d’une véritable révolution du travail et de son sens, le dépassement du marché du travail met à l’ordre du jour une nouvelle logique économique, avec un dépassement du marché des biens et des services, par l’affirmation de nouveaux critères de gestion des entreprises, entrant en conflit avec les critères de gestion capitalistes, et par l’essor de nouveaux services publics, lieux d’exercice de nouveaux pouvoirs par leurs agent·es et par leurs usager·ères ; avec le dépassement du marché de l’argent par le développement d’un nouveau crédit bancaire, contre la dictature des marchés financiers ; et avec le dépassement du marché mondial qui connecte les trois précédents à l’échelle de la planète, par une nouvelle mondialisation de coopération et de paix, remplaçant l’hégémonie du dollar et de ses institutions (FMI, Banque mondiale) par une monnaie commune mondiale de coopération avec de nouvelles institutions, depuis l’échelon local jusqu’au niveau national, et du niveau européen au niveau mondial.
Le projet communiste passe par une révolution écologique
L’organisation de la vie en société doit être inspirée, de part en part, par l’impératif de développer et de mettre à la disposition de toutes et tous ces biens communs de l’humanité que sont le climat, la biodiversité, la qualité de l’air, de l’eau, des paysages… Une refonte écologique et culturelle de la production et de la consommation suppose des politiques de coopération se substituant à la concurrence, afin de tendre vers une économie circulaire, réduisant ainsi la pression sur les ressources et les écosystèmes. Il s’agira de faire face au défi climatique par des politiques d’atténuation et d’adaptation ambitieuses, pour œuvrer à un monde neutre en carbone avant la seconde moitié de ce siècle. Le développement des énergies bas carbone, nucléaire comme renouvelables, en parallèle de la généralisation de la mobilité propre, du fret ferroviaire, fluvial et maritime, des mesures d’efficacité énergétique dans le bâtiment et l’industrie, ainsi que la promotion de l’agroécologie et l’agroforesterie, seront des leviers incontournables pour assurer la survie des 8 et bientôt 10 milliards d’habitant·es sur Terre.
Services publics et entreprises sont au cœur de l’enjeu écologique : services publics de l’écologie, de la santé, de la recherche ou du financement, mais aussi entreprises productives, avec de nouveaux critères de gestion (donc de production et de localisation), banques (avec de nouveaux critères d’investissement et de financement). Nous pouvons faire converger des forces du « dedans » et du « dehors » de l’entreprise, à partir du double enjeu social et écologique qui se rejoignent contre la domination du capital, les critères de rentabilité financière, l’austérité et le système de pouvoirs.
Le projet communiste passe par une révolution des relations entre générations, du travail, de la politique, de la culture
C’est pourquoi il n’établit pas de hiérarchie entre les luttes émancipatrices. Il développe le combat féministe jusqu’à une civilisation libérée de toute trace du patriarcat dans la famille, dans l’économie, dans la vie politique et dans la vie des idées. Il développe les combats antiracistes en poussant jusqu’au bout la bataille de l’égalité des droits. Il agit pour une laïcité qui libère les individus de l’emprise des obscurantismes et des communautarismes. Cependant, à la différence des courants qui se contentent d’une juxtaposition des luttes contre les dominations, il vise à les articuler à la bataille de classe contre l’exploitation, condition pour arracher son pouvoir au capital.
À l’inverse de la marchandisation accélérée par les multinationales du numérique, le projet communiste repose sur la libre circulation des arts et des idées. Il protège les artistes, favorise l’accès de toutes et tous aux pratiques artistiques comme à la diffusion culturelle. Il considère la liberté de création et de diffusion comme une liberté fondamentale, permettant l’émancipation individuelle et celle de la société tout entière.
Ce processus vers la construction d’une nouvelle civilisation, nous voulons en instruire les conditions à la lumière, entre autres, des expériences révolutionnaires des cent dernières années. Au-delà du dépassement des marchés, le projet communiste mène, à terme, au dépassement du travail lui-même comme forme contrainte des activités de production. Poussé jusqu’à son but final, il mène au dépassement des nations, de l’argent, de l’Etat… c’est-à-dire au communisme.
La même logique, dans son conflit avec celle de plus en plus perverse et inefficace du capitalisme, donne ainsi aux axes de propositions qui structurent l’activité des communistes dans la durée une cohérence fondamentale, entre poursuite d’objectifs sociaux transformateurs, conquête de pouvoirs et de droits nouveaux, et mobilisation des moyens financiers nécessaires.
Cette logique donne leur sens à nos efforts pour l’unité du salariat et de toutes les forces d’émancipation dans le monde. Elle donne sens à une stratégie politique visant à constituer des majorités pour conquérir démocratiquement des pouvoirs dans tous les lieux, du local au mondial, où prédomine aujourd’hui la logique capitaliste. Elle se traduit dans l’organisation et dans l’action du parti révolutionnaire que veut être le Parti communiste français.