Introduction
L’humanité fait face à une crise inédite par son ampleur et sa globalité. Elle est faite de crises entrelacées, économique, climatique, sanitaire, politique, dont les conséquences sont catastrophiques et font planer de graves menaces pour le devenir de l’humanité.
Cette crise, comme toute crise, témoigne de ce que la marche du monde n’est plus tenable et que des transformations radicales se cherchent. Elle est l’expression d’une exigence de neuf, à laquelle l’ordre ancien résiste de toutes ses forces. Comme le disait Marx, « la pourriture est le laboratoire de la vie ». Elle appelle un autre ordre du monde fondé sur la paix, la sécurité globale et la souveraineté des peuples, les biens communs et la coopération. Elle appelle le dépassement du capitalisme et exprime le besoin de communisme.
1. Le besoin de communisme pour relever les défis collectifs de l’humanité
L'ère de l'Anthropocène et le défi de la crise écologique et climatique
Depuis que l’activité humaine a complètement transformé son milieu à travers les siècles, nous sommes entrés dans une période nouvelle, l’Anthropocène. Cette pression sur les ressources et l'environnement, pour la satisfaction des besoins légitimes de l’humanité, s’est aujourd’hui accélérée, au point que son impact est comparable à toutes les forces géologiques naturelles réunies et en devient insupportable. Cette aggravation récente est principalement due à la course folle au profit du système capitaliste, source de gaspillage et d’inefficacité, qui est aussi l’obstacle aux changements nécessaires.
Il ne s’agit pas de revenir en arrière de cette nouvelle ère. Il s’agit d’assurer la pérennité de l’humanité dans son développement et la réponse à ses besoins légitimes, actuels et futurs. Il s’agit de révolutionner nos modes de production et de consommation pour les rendre compatibles avec la continuité de notre niche écologique : c’est un défi scientifique et politique, au-delà du seul dépassement du capitalisme.
Dans le débat public, les manifestations de la crise écologique et climatique, de plus en plus fréquentes et visibles, questionnent sur leurs causes et leurs solutions.
Alors que le changement climatique impose des réponses immédiates, et même si des engagements, très insuffisants, ont dû être pris par les États, de précieuses décennies ont été perdues du fait de la course aux profits, des mécanismes du marché et d’une économie fondée sur les énergies carbonées. Le dérèglement climatique appelle des mesures fortes. Il suppose d’affronter les lobbys, d’engager des dépenses majeures (à hauteur de 6% du PIB, selon les préconisations du GIEC), d’agir en internationalistes pour la réduction des inégalités Nord-Sud devant les conséquences du réchauffement déjà à l’œuvre
Le besoin de communisme s’affirme dans les urgences de réponse aux défis de ces crises :
- avec les menaces de pandémies, alors que les multinationales freinent le partage des brevets et des technologies de production de médicaments et de vaccins, la sécurité sanitaire mondiale ne doit plus se jouer en bourse ;
- la sécurité alimentaire exige au niveau mondial, avec la généralisation de pratiques respectueuses de l’environnement, la mise en cause de la toute-puissance de l’agrobusiness mondial ;
- contre l’épuisement et le gaspillage des ressources en eau et en énergie, des métaux et minéraux, une gestion mondiale sous forme de biens communs est à l’ordre du jour.
La perspective d’une nouvelle crise
Depuis les années 1970, le capitalisme fait face à une crise systémique non résolue qui résulte de la suraccumulation du capital. Au lieu de répondre aux exigences de développement des capacités humaines de la révolution informationnelle, le système en a fait un moyen de renforcement des monopoles, du capital et de nouveaux types de multinationales.
Les crises de 2008 et de 2020 ont provoqué le recours sans précédent à des liquidités créées par les banques centrales. Après 2008-2009 elles ont permis à la mondialisation financière de reprendre. Mais après les interventions de 2020, l’insuffisance de production, les pénuries d’emploi, les consommations de matières, les spéculations et le gonflement inédit du capital financier ont atteint un paroxysme. Il en est résulté qu’une inflation sans précédent a ressurgi durablement dans le monde entier, renforcée par la déstabilisation des chaînes mondiales d’activité.
Pour sauver la valeur des capitaux accumulés les banques centrales et les classes dirigeantes assument le risque d’une récession : plutôt sacrifier l’emploi et la croissance que de concéder des hausses de salaires et développer la formation.
Cette crise bouscule les bourgeoisies, jusqu’au cœur du capital financier. La remise en cause des représentations politiques traditionnelles, la rupture avec les corps citoyens et la déstabilisation de nombreux régimes, sous l’effet d’importantes crises sociales et politiques, les percutent.
Cela ouvre de l’espace pour les idées communistes. Ainsi, la politique du « quoi qu’il en coûte », menée par les banques centrales et un certain nombre de gouvernements, souligne aussi la possibilité d’une autre sélectivité du crédit et des prêts en faveur de l’emploi, de la formation, des services publics et de la transition écologique, et non plus en faveur des marchés financiers. L’utilisation de l’argent et du crédit doit se faire sous contrôle démocratique et avec des critères d’efficacité sociale et écologique.
L’hégémonie du dollar est contestée. Le PCF peut donner de la force à sa proposition d’émission massive des droits de tirage spéciaux (DTS) par le FMI, pour aller vers une monnaie commune mondiale au service du développement humain et des biens communs. De grands pays, comme la Chine ou l’Inde ont aussi formulé une proposition similaire.
Des dangers surgissent aussi. Pour le capital, la guerre fait partie des débouchés. On voit aussi une fraction du capital financier chercher un mode d’accumulation brutal et autoritaire, en s’alliant avec l’extrême droite.
Cela souligne l’importance des rassemblements à construire dans l’action, sur des objectifs visant le dépassement du capitalisme et l’importance de convergences internationales en ce sens.
Le défi de la guerre et le danger des politiques de force
L’exacerbation des concurrences aggrave la militarisation des rapports de force internationaux. L'invasion de l'Ukraine par Vladimir Poutine est injustifiable et criminelle. Si elle fut déclenchée dans le contexte de la non-application par le gouvernement ukrainien des Accords de Minsk (qui pouvaient mener à un règlement politique de la guerre civile en Ukraine) et de l'expansion de l'Otan vers l'Est, en dépit des engagements américains, elle a des effets en chaîne désastreux dans tous les domaines et d’un danger extrême pour les peuples.
Les risques de généralisation du conflit, avec leur dimension nucléaire, sont liés aux faits que :
- les instances multilatérales, notamment l’Onu, ont été affaiblies par les politiques néoconservatrices, en particulier américaines. L’Onu, seul cadre international légitime de négociations, est également concurrencée par les clubs des pays les plus riches, G7 et G20 ;
- les traités de diminution et de contrôle de l’armement ont presque tous été dénoncés. La course aux armements en a été relancée, pour le plus grand profit des industriels du secteur.
Les rapports de domination se recomposent :
- l’impérialisme américain, contesté, est à la recherche de nouveaux moyens de domination : arme politique (« le front des démocraties », défini comme les alliés des États-Unis), arme énergétique et arme de l’Otan. Outil obsolète de la guerre froide, l’Otan se dote d’une stratégie « globale » contre la Chine ;
- la Chine cherche à échapper à l’encerclement, en déployant des investissements importants et en cherchant de nouveaux rapprochements pragmatiques dans le cadre des Brics et de l’Organisation de coopération de Shanghai. Elle réagit également sur le terrain militaire, même si l’appel des dirigeants chinois à la désescalade et à une nouvelle sécurité collective peut être un point d’appui précieux pour la paix. Les provocations américaines à Taïwan alimentent délibérément les tensions. Le PCF affirme son attachement au principe « d’une seule Chine », reconnu par la France depuis 1964 et par l’Onu depuis 1971. Les choix de la part de la Chine et du Parti communiste chinois de la voie de développement qui est la leur ne sauraient être considérés comme un modèle ;
- la Russie veut retrouver une certaine influence internationale, après des années de reculs humiliants subis face à la pression des États-Unis. Le régime de Vladimir Poutine est à l’opposé de toute politique progressiste, tant par son capitalisme rentier que par la résurgence d’un chauvinisme impérial grand-russe réactionnaire, ultra-nationaliste, autoritaire voire dictatorial ;
- des pôles régionaux, dominés par des gouvernements nationalistes, tels que l’Inde ou la Turquie, cherchent à se positionner dans ces recompositions. Le Proche et le Moyen-Orient constituent une zone plongée dans le chaos du fait des politiques néolibérales, des tensions nationales et des interventions militaires. Dans ce contexte, l’Iran cherche à exister comme une puissance pesant sur les rapports de force régionaux ;
- la lutte pour l’accaparement et l’exploitation des ressources naturelles joue un rôle important dans l’exacerbation des tensions internationales. Cela est particulièrement visible pour l’Afrique, que les politiques néolibérales et l’ingérence d’intérêts impériaux plongent dans de terribles soubresauts.
Dans une situation où les politiques de force entraînent le monde dans la guerre, il est impensable de s’aligner sur un « camp ». Il est nécessaire de développer une politique indépendante, répondant aux intérêts communs des peuples et des mouvements progressistes pour la paix, le respect des droits, de la souveraineté populaire, la sécurité collective et globale.
La crise et les contradictions de l’Union européenne
Ces contradictions explosives se reflètent dans la crise de l’Union européenne. La finalité de cette dernière reste celle des traités néolibéraux que le PCF dénonce depuis l’Acte unique et le Traité de Maastricht : la défense de la concurrence libre et non faussée au sein du marché intérieur, autour d’une BCE indépendante de tout contrôle démocratique. Même si certaines brèches se sont ouvertes, comme la suspension des règles budgétaires, la rupture entre les peuples et une construction capitaliste incapable de répondre aux besoins de progrès sociaux et de transition écologique s’est renforcée. L’ambition d’une perspective fédéraliste mettant en cause la souveraineté des peuples persiste, mais elle se heurte à l’aiguisement des concurrences sur les questions énergétiques et militaires.
Des batailles majeures, dans lesquelles les idées communistes ont un rôle indispensable à jouer, s’annoncent : sur le refus de l’assujettissement à l’Otan et à l’impérialisme américain, l’établissement de nouvelles relations avec les pays émergents le non retour aux règles austéritaires, la nature de la construction européenne, pour faire enfin des service publics, de la protection sociale, de la création d’emplois, de la réindustrialisation et de l’écologie une priorité. C’est dire l’enjeu des élections européennes de 2024.
La course de vitesse avec les extrêmes droites
La promesse de sortie de la crise peut prendre une direction autoritaire, raciste et réactionnaire. Sur le lit des politiques néolibérales, des défaites et des déceptions de la gauche, les extrêmes droites menacent partout .
Sous des formes différentes, de l’Italie à la Suède, du Brésil à la Russie et aux États-Unis, elles placent leurs thématiques racistes et xénophobes au cœur du débat politique. Les droits des femmes et l’accès à l’IVG sont ainsi de plus en plus menacés. En Europe, est remis en cause l’héritage des Lumières, ces forces prospérant sur les crises politiques et instrumentalisant la crise de l’accueil des migrant·es. Elles se mettent en situation de recomposer les droites, se présentant comme un recours pour le capital.
Les paniques identitaires sont aussi utilisées par les fondamentalismes religieux, chrétien, appartenant à l’extrême droite évangéliste états-unienne ou brésilienne, se réclamant de l’hindouisme du Premier ministre indien Modi, ou islamiste. Ce dernier revêt une dimension particulière par sa couverture géographique et la diversité des moyens employés, du gradualisme au terrorisme. Ces courants bénéficient d’appuis étatiques. Parfaitement compatibles avec la théorie néoconservatrice du « choc des civilisations », ils attaquent violemment les droits des femmes, les conquêtes démocratiques et sociales, le mouvement ouvrier et la gauche.
Aucune alliance, aucun rapprochement, même implicite ou tactique, n’est possible avec les extrêmes droites. Elles doivent être combattues partout. Il est possible de mettre un coup d’arrêt à leur progression, grâce aux mouvements populaires et à l’action de la gauche, comme l’ont montré les défaites de Trump et celle de Bolsonaro.
Les conséquences des crises sur les peuples
La pandémie a montré les effets désastreux des politiques capitalistes sur la santé. Plus largement, la crise entraîne une augmentation de la paupérisation. 120 millions de personnes supplémentaires ont été rejetées dans l'extrême pauvreté en 2020. L’insécurité alimentaire touche 318 millions de personnes de plus. Les inégalités mondiales sont aujourd’hui proches du niveau qui était le leur au 19e siècle. Elles touchent en premier lieu les pays d’Amérique latine et ceux du Proche et du Moyen-Orient, d’Afrique, mais aussi les pays européens.
Les migrations humaines ont pris plus d’ampleur ces dernières années. En 2019, l'Onu estimait à 272 millions le nombre d'êtres humains en situation de mobilité, contre 77 millions en 1975. Les migrations sont avant tout internes : 87 % des migrations africaines se font sur le continent africain lui-même. C’est la conséquence des conflits armés, de la crise économique et du dérèglement climatique. Les parcours migratoires sont souvent marqués par des drames d’une violence inouïe que les logiques de type forteresse ne font qu’aggraver. Les communistes refusent que la Méditerranée, ou tout autre espace de la planète, puisse être une zone de non droit et un cimetière à ciel ouvert. Le monde de sécurité globale et de solutions internationales que nous défendons, c’est-à-dire le respect des droits humains et du droit international, un accueil digne des personnes contraintes à l’exil et l’instauration de voies légales et sûres, s’impose pour éviter ces drames humains.
2. De nouvelles potentialités prometteuses
De nouvelles potentialités apparaissent. Elles sont les ferments d’une alternative possible.
L’exigence de l’action internationale
Les instances internationales multilatérales sont le levier pour avancer vers un autre ordre du monde. Il faut agir pour les renforcer et les réformer. Cela concerne l’Onu et ses agences (Organisation mondiale de la santé, Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, Organisation mondiale de l’énergie, Organisation internationale du travail), de même que de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques). L’OMC doit être placée sous l’égide de l’ONU et transformée en organisation de maîtrise d’un commerce équilibré, mutuellement avantageux, accompagnant des partages de technologies et d’investissements. Une réforme profonde du FMI doit être engagée, placé lui aussi sous l’égide de l’ONU. Ce sont des appuis décisifs pour enclencher des processus internationaux pour la sécurité humaine et collective, pour la lutte contre le réchauffement climatique et pour le respect du droit international.
Relever les défis globaux de l’humanité exige une coopération internationale et une action résolue durable, permettant la création de rapports de force fondés sur les mobilisations populaires et l’action politique des États et des peuples souverains.
C’est vrai pour la crise climatique et sanitaire, dont la résolution implique une transformation globale des modes de production et de consommation. Il y a besoin d'une planification mondiale d'investissements, de partage des brevets, des technologies et des résultats de la recherche, une élévation des connaissances et des qualifications de toutes et tous.
Le rôle moteur et les défis des mouvements sociaux et populaires multiformes
Dans le sillage des soulèvements populaires pour la démocratie des printemps arabes, les peuples, notamment la jeunesse et les femmes, se mobilisent. C’est le cas des mouvements contre les régimes autoritaires et corrompus, au Liban, au Soudan, en Algérie. Du mouvement « Femme, Vie, Liberté » contre la dictature islamiste en Iran, qui a un écho mondial et s’annonce durable, pouvant bousculer les équilibres du Moyen-Orient. Ou encore de la lutte exemplaire des femmes afghanes contre l’obscurantisme des Talibans. Toutes ces mobilisations soulignent le caractère universel de la défense des droits humains.
Les grandes luttes contre le dérèglement climatique et les déforestations, comme au Brésil, témoignent des exigences grandissantes de refonte des productions et d’une nouvelle culture de la consommation.
Multiformes et décentralisés, ces mouvements instaurent un rapport de force. Ils sont cependant confrontés à deux questions stratégiques. La première porte sur la manière dont les mobilisations écologistes, féministes ou anti-racistes contribuent à renforcer le combat de classe et à unir le monde du travail afin d’arracher des victoires sur le capital. La deuxième est celle des moyens politiques pour une perspective rassemblant majoritairement les peuples. La troisième est de faire le lien avec les exigences et propositions sur l’utilisation de l’argent de sur les entreprises.
Les mouvements sociaux contre les effets des politiques néolibérales sont confrontés à cette question. En Amérique Latine, ils ont trouvé des débouchés politiques. En Europe, la question est également soulevée. L’importance centrale de la question sociale et de celle du travail y apparaît clairement. Le rôle du mouvement syndical s’y trouve d’ailleurs déterminant : au Royaume-Uni ou l’Italie, c’est lui qui maintient la gauche debout.
La multiplicité des mobilisations sociales ne bouscule toutefois pas le sentiment d’impuissance des peuples face à la guerre. Les mouvements de paix restent trop faibles pour peser sur les rapports de force. Les reconstruire exige de faire grandir la conviction que la paix est possible. Dans un esprit de large rassemblement, le PCF prendra toutes les initiatives pouvant contribuer à la lutte pour arrêter les guerres, pour stopper l’augmentation des dépenses d’armement, pour construire une « sécurité humaine » et globale, dans l’esprit de l’appel des Nations unies.
La gauche à la croisée des chemins
Partout, la gauche est confrontée au besoin de construire des majorités sociales et politiques, fondées sur sa capacité à répondre aux aspirations populaires, à faire émerger une alternative au capitalisme, à combattre les tentatives de division du salariat et des catégories populaires. Des confrontations majeures face aux politiques des grandes bourgeoisies et à l’offensive de l’extrême droite sont devant nous. Les communistes ont un rôle décisif à jouer dans ces combats.
En Amérique du Sud, la gauche a constitué des fronts larges. Les partis communistes y jouent un rôle essentiel. Les gouvernements de gauche au Chili, en Colombie, au Pérou, en Bolivie, au Brésil sont des points d’appui pour le changement des rapports de force dans cette partie du monde. La défense des conquêtes sociales de la révolution cubaine, obtenues par le Parti communiste cubain, et la levée du blocus criminel imposé par les États-Unis sont centrales ; ainsi que la fin des ingérences et des sanctions américaines au Venezuela qui aggravent la crise économique dont souffre le peuple vénézuélien.
En Europe, le PCF salue l’action des communistes espagnols dans le gouvernement de coalition de Pedro Sánchez, les perspectives historiques qui s’ouvre au Sinn Féin en Irlande et les progrès réalisés par le PTB en Belgique. Pour autant, la gauche est confrontée à une crise historique dans des pays majeurs de l’UE, comme l’Italie et l’Allemagne, et elle a presque été éradiquée d’Europe de l’Est. Alors que le social-libéralisme a perdu sa force propulsive, même s’il continue de peser dans un certain nombre de pays, que le « populisme de gauche » s’est avéré, en plus d’être inefficace à conquérir le pouvoir, impropre à combattre l’extrême droite, et que des secteurs concentrent leur action en direction de certains électorats en se détournant des forces vives du salariat et des catégories populaires, d’importants débats stratégiques doivent être approfondis. Ils sont la condition de l’unité nécessaire. Se pose ainsi partout la question clé des constructions politiques transformatrices à visée majoritaire, fondées sur le monde du travail et les catégories populaires.
3. Les principes et les cadres de la politique internationale et européenne du PCF
Le PCF déploie sa politique internationale selon les axes suivants :
- La solidarité avec les forces progressistes et communistes et avec les mouvements sociaux en prise avec la répression. Le PCF fait de la défense des droits humains, de la solidarité avec les luttes sociales, démocratiques, féministes, écologiques, citoyennes, et des forces qui les portent, une constante de sa politique internationale. Il est au côté des forces progressistes et communistes et des forces syndicales interdites ou réprimées.
la défense du droit des peuples et des nations à l’autodétermination et à la souveraineté, contre les forces d’occupation et les agressions impérialistes. Les résolutions de l’Onu en la matière sont les fondements du droit international et doivent être appliquées. Le PCF réaffirme ainsi son engagement tout particulièrement aux côtés :
◦ du peuple palestinien pour une paix juste et durable, pour la reconnaissance d’un État indépendant et viable de Palestine, aux côtés d’Israël, sur la base des frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale, ce qui implique le démantèlement des colonies israéliennes, le retour des réfugié·es et la fin du régime d’apartheid colonial imposé aux territoires occupés par Israël ;
◦ du peuple sahraoui, et du Front polisario, pour l’application des résolutions de l’Onu et la tenue d’un référendum d’autodétermination ;
◦ du peuple kurde dans sa lutte contre l’intervention turque, contre les reliquats de Daesh et les grands féodaux ;
◦ du peuple chypriote et d’Akel, pour la reprise des négociations gelées depuis 2017 sur l’application des résolutions de l’Onu, en vue de la réunification de Chypre sur la base d’un État fédéral ;
◦ du peuple irlandais, et du Sinn Féin, pour une République irlandaise unifiée ;
◦ du peuple arménien et de la République d’Artsakh. - Une France qui agisse en toute souveraineté en faveur de la sécurité humaine globale et de la sécurité collective, pour un autre ordre du monde, multilatéral, de paix et de coopération des peuples. Cela implique :
◦ de souligner le rôle décisif des instances internationales multilatérales pour résoudre les défis et les crises globales. La France doit agir pour de nouvelles coopérations internationales, à partir de l’Onu et de ses agences ; pour étendre et transformer l’usage des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI comme base d’une monnaie commune mondiale. Grâce au siège dont elle dispose au Conseil de sécurité, qu’elle entend conserver, elle doit s’engager pour la démocratisation des Nations unies ;
◦ de s’investir résolument dans les négociations climatiques, pour faire appliquer les recommandations du Giec ;
◦ de s’engager pour la sécurité collective. La France doit proposer la tenue d’une conférence pan-européenne de sécurité collective pour arriver à une paix réelle en Ukraine, fondée sur le respect de la souveraineté du peuple ukrainien et de la sécurité pour tous les peuples. Elle doit sortir de l’Otan. Elle doit prendre l’initiative d’un nouveau système de sécurité collective européen et mondial qui permettra la dissolution de l’Otan. Dans ce cadre, devront se tenir des négociations pour le désarmement multilatéral, global et négocié, en particulier dans le domaine nucléaire ;
◦ la sécurité humaine globale, selon les principes du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), impliquent de résoudre à l’échelle internationale les questions alimentaires, le droit à l’éducation, les crises sanitaires, la crise écologique, la lutte contre la pauvreté, qui sont autant de facteurs de conflit. - Une France qui prenne des initiatives pour initier une autre construction européenne, une union de peuples et de nations libres, souveraines et associées :
◦ une Europe qui rompe avec la logique libérale des traités européens actuels et avec les règles budgétaires austéritaires, et qui porte un pacte social et démocratique entre les peuples et les nations permettant, dans le cadre d’une Europe à géométrie choisie, d’initier un large débat démocratique portant sur les coopérations nécessaires pour relever les défis de civilisation climatiques, économiques, démocratiques. Les citoyennes et les citoyens doivent être placés au cœur de cette autre construction européenne ;
◦ une Europe qui réoriente la création et l’utilisation de l’argent pour l’emploi de qualité, la formation, les services publics et la transition écologique, contrôlée démocratiquement. Cela implique de créer un fonds européen de développement écologique et social financé par la création monétaire de la BCE et de lutter contre l’évasion fiscale en instaurant une imposition à la source des bénéfices des multinationales. Il est ainsi possible de suivre les recommandations du Giec de consacrer à la transition écologique 6 % du PIB annuel, c’est-à-dire 900 milliards par an à l’échelle européenne ;
◦ une Europe qui soit fondée sur l’alignement par le haut des droits sociaux et démocratiques, par exemple en matière de salaire minimum et d’égalité femmes-hommes ;
◦ une Europe qui se désengage de la tutelle guerrière de l’Otan et des États-Unis, qui ouvre des discussions sur un traité pan-européen de paix, de coopération et de sécurité collective et qui use de son influence pour faire émerger de nouvelles règles dans les relations internationales plus justes, démocratiques et pacifiques ;
◦ une Europe portant une autre politique agricole commune, de la mer et des pêches, protectrice de l’environnement, permettant une alimentation saine et promouvant une rémunération juste des producteurs ;
◦ une Europe de la santé, dotée d’un pôle public du médicament ;
◦ une Europe accueillante pour les migrant·es et les réfugié·es, rompant avec les règlements de Dublin et le pacte sur les migrations, l’asile et respectant le droit international ;
◦ une Europe de coopérations industrielles au niveau européen obéissant aux nécessités sociales et écologiques ;
◦ une Europe bâtissant une société de l’information et de la connaissance, répondant aux besoins de développement humain du continent et qui soit une alternative civilisationnelle à la vision du monde portée par les Gafam.
Le PCF s’engage dans cette bataille avec ses partenaires européens, en s’appuyant sur les mobilisations et les revendications sociales, populaires et citoyennes.
Le PCF s’engage dans l’ensemble des cadres de coopération entre forces communistes et progressistes qui permettent d’avancer sur ces objectifs : le Parti de la gauche européenne ; le Forum européen des forces de gauche, vertes et progressistes ; les relations avec les partis communistes au niveau européen et international, des liens de solidarité historiques forts avec des partis comme le Parti communiste vietnamien, mais aussi dans le cadre de la conférence internationale des partis communistes et ouvriers ; lors de la dernière qui s’est tenue à Cuba en octobre 2022, une déclaration commune a été signée. Il affirme sa solidarité avec les regroupements de solidarité et d’actions communes régionaux, tels que le Forum de São Paulo.